Deuil et traumatisme : quand les circonstances du décès restent douloureuses

Parfois, ce n’est pas seulement l’absence qui fait souffrir.

Après la mort d’un proche, le manque peut être immense. Sa voix, sa présence, ses habitudes, les moments partagés ou ceux que l’on imaginait encore vivre ensemble peuvent laisser un vide profond.

Mais il arrive qu’une autre souffrance se mêle au deuil : les circonstances du décès elles-mêmes.

Une annonce brutale. Un accident. Une hospitalisation. Une réanimation. Les derniers instants. La découverte du corps. Une image difficile. Une phrase entendue ce jour-là. Le sentiment de ne pas avoir pu être présent.

Ou une question qui revient :

« Et si j’avais fait autrement ? »

Deuil et traumatisme peuvent alors s’entremêler sans pour autant désigner la même réalité.

Comprendre cette différence peut aider à identifier plus précisément ce qui reste douloureux aujourd’hui.

Plan de l'article

  1. Deuil et traumatisme : quelle différence ?
  2. Quand les circonstances de la mort prennent une place particulière
  3. Quand ce n’est plus seulement « cette personne me manque »
  4. Pourquoi un moment peut-il prendre autant de place ?
  5. La culpabilité après un décès : le poids du « j’aurais dû »
  6. Comment identifier ce qui reste difficile aujourd’hui ?
  7. Travailler sur un souvenir signifie-t-il « faire son deuil » ?
  8. Quelle place pour les mouvements oculaires ?
  9. Avoir moins mal, est-ce risquer d’oublier ?

1. Deuil et traumatisme : quelle différence ?

Le deuil est une réaction naturelle à la perte d’une personne importante.

Tristesse, manque, colère, incompréhension, souvenirs, besoin de parler ou au contraire de s’isoler peuvent se succéder. Des moments d’apaisement peuvent également apparaître avant qu’une émotion ne ressurgisse à l’occasion d’une date, d’un lieu, d’une musique ou d’un souvenir.

Le deuil n’est pas nécessairement linéaire.

Il n’existe pas non plus de calendrier universel imposant le moment auquel il faudrait avoir « tourné la page ».

Cette expression peut d’ailleurs être maladroite. Lorsqu’une personne a occupé une place importante dans notre existence, il ne s’agit pas nécessairement de fermer une page, mais de continuer à vivre avec une absence qui prend progressivement une autre place.

Le traumatisme renvoie à une réalité différente.

Certaines expériences particulièrement éprouvantes peuvent continuer à provoquer des réactions alors même que l’événement est terminé.

J’explique plus précisément ce phénomène dans mon article Quand le passé s’invite encore dans le présent : comprendre et apaiser la mémoire traumatique.

Dans le contexte d’un décès, ce sont parfois certains éléments entourant la mort qui restent particulièrement difficiles, indépendamment du manque lié à la personne elle-même.

Souffrir après un décès ne signifie donc pas automatiquement être traumatisé.

Mais un deuil peut parfois comporter une dimension traumatique.

2. Quand les circonstances de la mort prennent une place particulière

Tous les décès ne sont pas vécus de la même manière.

Certaines circonstances peuvent être particulièrement éprouvantes : accident, suicide, violence, catastrophe, urgence médicale, réanimation, découverte du corps, dégradation brutale de l’état de santé ou annonce inattendue.

Cela ne signifie pas qu’un décès brutal provoquera nécessairement un traumatisme.

À l’inverse, une mort attendue après une longue maladie peut également avoir été vécue très difficilement.

Il n’existe pas de hiérarchie permettant de décider à la place de quelqu’un ce qui devrait ou non l’avoir marqué.

Ce qui compte notamment, c’est la manière dont l’événement a été vécu et ce qui continue à se manifester aujourd’hui.

3. Quand ce n’est plus seulement « cette personne me manque »

Une distinction peut parfois aider à mettre des mots sur ce que l’on ressent.

D’un côté :

« Cette personne me manque. »

Son visage, sa voix, sa présence, ses habitudes, les conversations, les projets…

De l’autre :

« Je n’arrive pas à me détacher de la manière dont elle est morte. »

Une image revient régulièrement.

Les derniers instants s’imposent.

L’annonce du décès tourne encore dans la tête.

Certains lieux deviennent difficiles à fréquenter.

Une odeur, un bruit ou une situation réveille une réaction émotionnelle particulièrement forte.

Dans ce cas, la souffrance n’est peut-être plus uniquement liée à l’absence. Un élément entourant le décès semble continuer à occuper une place importante dans le présent.

4. Pourquoi un moment peut-il prendre autant de place ?

Une relation construite pendant dix, vingt, quarante ou soixante ans représente une multitude de souvenirs.

Et pourtant, après certaines morts difficiles, quelques minutes ou quelques heures peuvent parfois sembler prendre le dessus sur tout le reste.

On voudrait se rappeler un sourire, mais une autre image apparaît.

On pense à un moment heureux et les derniers instants reviennent.

On voudrait parler de la vie de la personne, mais notre esprit revient constamment à sa mort.

Le décès peut alors momentanément occuper une place disproportionnée par rapport à toute l’histoire qui l’a précédé.

C’est précisément cette distinction qui peut devenir intéressante :

ce qui reste douloureux est-il principalement l’absence, ou un souvenir précis lié aux circonstances du décès ?

La différence entre ce que nous savons rationnellement et ce que nous continuons parfois à ressentir est également au cœur de mon article Au-delà des mots : pourquoi le corps n’oublie jamais.

5. La culpabilité après un décès : le poids du « j’aurais dû »

La culpabilité peut également prendre une place considérable.

« J’aurais dû appeler. »

« J’aurais dû comprendre. »

« Pourquoi ne suis-je pas arrivé plus tôt ? »

« J’aurais dû insister pour qu’il consulte. »

« Je n’aurais pas dû partir ce jour-là. »

Après un événement grave, nous regardons nécessairement le passé avec une information que nous ne possédions pas de la même manière au moment des faits :

nous connaissons désormais l’issue de l’histoire.

Ce que l’on sait aujourd’hui peut alors modifier notre manière de regarder ce que nous avons fait, pensé ou décidé auparavant.

L’esprit peut rejouer la situation et imaginer différents scénarios :

« Et si… ? »

Explorer ce décalage entre ce que l’on savait au moment des faits et ce que l’on sait aujourd’hui peut être important, sans chercher à imposer une conclusion sur ce qui aurait pu ou non être différent.

6. Comment identifier ce qui reste difficile aujourd’hui ?

Il n’est pas toujours évident de distinguer la souffrance du deuil de celle associée à certaines circonstances du décès.

Quelques questions peuvent néanmoins inviter à observer son vécu :

  • Lorsque je pense spontanément à cette personne, est-ce son absence ou les circonstances de sa mort qui apparaissent en premier ?
  • Une image, une phrase ou un moment particulier revient-il régulièrement ?
  • Certaines situations associées au décès provoquent-elles encore une réaction émotionnelle importante ?
  • Est-ce que je rejoue mentalement certains événements en imaginant ce que j’aurais pu faire différemment ?
  • Ai-je parfois l’impression que les derniers instants prennent davantage de place que les années vécues avec cette personne ?

Ces questions ne permettent pas de poser un diagnostic.

Elles peuvent simplement aider à mieux identifier ce qui semble particulièrement difficile aujourd’hui.

7. Travailler sur un souvenir signifie-t-il « faire son deuil » ?

Pas nécessairement.

Cette distinction est essentielle.

Le deuil n’est pas un souvenir douloureux qu’il faudrait supprimer.

L’attachement, le manque ou la tristesse liée à l’absence n’ont pas vocation à être effacés par une méthode.

Un accompagnement peut en revanche, selon la situation, porter plus spécifiquement sur un élément entourant le décès qui reste particulièrement difficile :

une image,

une sensation,

un moment,

une émotion,

une pensée,

ou certaines circonstances de la mort.

L’intention n’est donc pas de supprimer le lien avec la personne disparue.

Elle est de travailler sur ce qui, autour de son décès, continue éventuellement à provoquer une réaction particulièrement importante.

8. Quelle place pour les mouvements oculaires ?

En complément de la sophrologie, je pratique une méthode d’accompagnement utilisant les mouvements oculaires, inspirée notamment de principes utilisés en EMDR.

Selon la situation et l’objectif défini ensemble, l’accompagnement peut s’intéresser à un élément précis associé au décès : une image, une émotion, une sensation corporelle, une pensée ou un moment particulièrement difficile.

La personne est invitée, à certains moments, à suivre des yeux un mouvement guidé tout en portant son attention sur certains éléments associés à ce qui est travaillé.

Il n’est pas nécessaire de raconter systématiquement tous les détails de ce qui s’est passé.

La personne reste libre de ce qu’elle souhaite partager et l’accompagnement respecte son rythme.

L’intention n’est ni d’effacer le souvenir du décès, ni de faire disparaître l’attachement envers la personne disparue.

Il s’agit d’accompagner ce qui reste difficile dans le présent.

Une pratique qui ne constitue pas une psychothérapie EMDR

La distinction est importante.

Je ne suis ni psychologue, ni psychothérapeute, ni professionnel de santé et je ne pratique pas une psychothérapie EMDR.

La méthode d’accompagnement par les mouvements oculaires que je pratique s’inspire notamment de certains principes utilisés en EMDR, dans le cadre de ma formation et de mon champ de compétences.

Elle ne remplace pas un suivi médical, psychologique, psychiatrique ou psychothérapeutique lorsqu’un tel suivi est nécessaire.

Pour découvrir plus précisément la méthode que je pratique, son principe et mon cadre d’accompagnement, vous pouvez consulter ma page consacrée à l’accompagnement par les mouvements oculaires.

9. Avoir moins mal, est-ce risquer d’oublier ?

Une pensée peut parfois accompagner le deuil :

« Si je souffre moins, est-ce que cela signifie que je l’oublie ? »

Pourtant, la souffrance n’est pas la mesure de l’amour porté à quelqu’un.

Permettre à une image ou à un moment particulièrement difficile de devenir moins envahissant ne supprime ni le lien ni les souvenirs.

La relation vécue ne disparaît pas parce qu’un élément associé à la mort devient moins douloureux.

Et parfois, lorsque les circonstances du décès occupent progressivement moins de place, d’autres souvenirs peuvent retrouver davantage d’espace.

Le visage avant la maladie.

Un voyage.

Une conversation.

Une habitude.

Un éclat de rire.

Tout ce qui raconte aussi la personne autrement que par sa disparition.

En conclusion

Après la perte d’un proche, une question revient parfois :

« Pourquoi est-ce que je n’arrive pas à faire mon deuil ? »

Mais une autre question peut apporter un éclairage différent :

« Qu’est-ce qui me fait particulièrement souffrir aujourd’hui : l’absence de cette personne, ou quelque chose autour de sa mort qui reste difficile pour moi ? »

Les deux peuvent naturellement coexister.

Les distinguer ne signifie ni analyser chaque émotion ni chercher absolument un traumatisme derrière chaque deuil.

Cela permet simplement de mieux comprendre ce qui demande peut-être une attention particulière.

Travailler sur un souvenir douloureux lié au décès ne signifie pas oublier la personne.

Il peut s’agir, au contraire, de permettre progressivement aux circonstances de sa mort de devenir moins envahissantes afin que son histoire ne soit pas réduite à ses derniers instants.

Parce qu’une personne ne se résume pas à la manière dont elle est morte.

Et lorsque la mort prend progressivement moins de place, il devient parfois possible d’en redonner davantage à tout ce qui l’a précédée : sa vie, les souvenirs partagés, le lien… et l’histoire qui continue d’exister en vous.


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